Colloque, qui ne peut être qu’imaginaire




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Ceci pour illustrer l’inutilité nocive et chronophage des projets de recherche que nous sommes obligés de rédiger pour réclamer des crédits en mentant par omission obligée. Une des tristes manifestations de ce que j’appelle la « macdonaldisation » de la science.





Deux jeunes femmes, Marie-Hélène Durand et Hélène Pitiot, ont joué un rôle crucial dans la formation d’un groupe de recherche aussi actif que sympathique en éco(logie+nomie) au printemps 1993. Marie-Hélène Durand, qui avait suivi héroïquement les cours de DEA d’Halina et moi à Dauphine quelques années auparavant, et que nous avions déjà distinguée, m’a présenté Philippe Cury, l’obstiné prosélyte de l’empreinte lorenzienne, et Jacques Weber, concentré de sciences humaines à lui tout seul. Hélène Pitiot, devenue Clément après avoir épousé Richard, a éveillé mon attention en posant à la fin d’un exposé cette question étrange pour un mathématicien : « Où vous situez-vous par rapport aux travaux de Claude Lobry? » N’ayant jamais su où je me situais, surtout par rapport à Claude, j’ai eu du mal à répondre. Hélène ne m’en a pas voulu car quelques temps après, Jean Cartelier me téléphonait se recommandant d’elle. C’était d’autant plus facile que je me souvenais que Georges Haddad m’avait parlé avec enthousiasme de cet économiste de Nice avec lequel il partageait un cours. Lorsque la semaine suivante, j’ai rencontré Jean, et plus tard, Lysiane, j’ai compris pourquoi ces deux larrons s’entendaient si bien. Comme toujours dans le choix de mes amitiés, ma sympathie pour Philippe, Jacques et Jean fut instantanée. Jean Cartelier fut de nos étés à l’IIASA, où il a eu le mérite de si bien s’intégrer dans ce groupe de sauvages que nous formions. Pendant ces étés, j’ai « disputé » (discussions et disputes) avec Jean à la table d’un glacier qui, lui, a fait fortune grâce à l’économie. Lysiane se plaignait de récupérer un époux épuisé! J’avais gardé des contacts avec Gérard Weisbuch, que j’avais invité longtemps auparavant à rejoindre Dauphine (avec son poste), et que je n’avais pas perdu de vue grâce aux travaux de Françoise Fogelman et lui sur les réseaux. Un repas chez Toutoune a réuni ces personnes avec Daniel Gabay, Luc Doyen, Claude Lobry. Il a été décidé de créer pour la rentrée suivante dans une salle de l’ENS le séminaire « Développement viable » dirigé par Hélène Clément-Pitiot, Luc Doyen, Daniel Gabay et Gérard Weisbuch. Très vite, l’habitude fut prise de poursuivre les exposés devant des punchs martiniquais au Waikiki de la rue d’Ulm. C’est à cette occasion que j’ai rencontré tant de chercheurs de l’ORSTOM (IRD), du CIRAD, du CIRED, de l’INRA. Christian Mullon, cherchant à calculer les noyaux de viabilité pour douze niveaux trophiques, a de ce fait a relancé les recherches sur les aspects algorithmiques et numériques du noyau de viabilité. Martine Antona et François Bousquet du CIRAD, Robert Lifran et Jean-Pierre Vila, qui ont attiré à l’INRA Alain Rapaport, Mabel Tidball et Pierre Cartigny, et bien d’autres, ont gravité autour de ce séminaire. Il a pris fin lorsque tous ces chercheurs nomades quittèrent Paris, qui pour Montpellier, qui pour le Cap. En vain, car j’ai retrouvé Philippe Cury et Christian Mullon au Cap quand, sous prétexte de finance, j’y ai été invité par Diane Wilcox. Marie-Hélène Durand a été la dea ex-machina de ce groupe, en organisant un colloque à Mèze et, avec Luc Doyen et Christian Mullon, une école d’été près d’Orléans. Ce groupe reprend vie maintenant que certains de ses membres sont revenus à Paris. S’y ajoute Nadine Peyrieras, avec qui je ne désespère pas de comprendre les débuts mystérieux de la morphogenèse de l’embryon de poisson zèbre. Dans cette classe de problèmes, Jean-Arkady Meyer a découvert les concepts de viabilité dans le cadre de la théorie des "animats". Il anime avec Jean-Pierre Briot un très beau laboratoire que je devrais visiter plus souvent, car il vaut tous les zoos. Ils ont, eux, équipé leurs animats de roues que la Nature n’a pas su inventer, sauf par le truchement du cerveau de l’homme.





Ferenc Toth, que j’avais connu à l’IIASA, a suggéré à Gerhard Petschel-Held de m’inviter (avec Luc Doyen) au Potsdam Institute for Climatology, le PIK. J’y ai découvert un institut dynamique qui m’a fort impressionné. Cela a été le début d’une collaboration, avec Gerhard et son jeune étudiant, Klaus Eisenack, dans le cadre de l’analyse qualitative qui s’était faufilée dans ces parages, avec Jürgen Scheffran dans le cadre des systèmes complexes et de Jürgen Kropp. Ici encore, les jeunes européens doivent s’unir pour prendre la relève. Lars Grüne s’est récemment joint à ce groupe pour appliquer à ce type de problèmes ses travaux sur les attracteurs et les bassins d’attraction. Une collaboration fructueuse entre Patrick et lui s’est tout récemment établie. Le moteur franco-allemand devrait fonctionner à plein régime avec la collaboration de Fritz Colonius, Michael Dellnitz, Dietmar Szolnoki et leurs collègues pour mettre au point des algorithmes d’analyse numérique multivoque qu’il est temps d’étudier systématiquement.





Pierre Bernhard nous a initiés aux jeux différentiels (et, en particulier, au contrôle tychastique). La collaboration impliquant Odile Pourtallier, Alain Rapaport, Mabel Tidball d’une part, Marc Quincampoix, Pierre Cardaliaguet, Halina Frankowska, Patrick Saint-Pierre et moi d’autre part, a duré depuis ces années et se poursuit encore. Jacqueline Morgan avait organisé par deux fois à Ischia des colloques sur ce thème, Jerzy Filar et Vladimir Gaitsgory un autre à Adélaïde en 2000. Nous y avions fait connaissance avec le groupe d’Alain Haurie à Genève, de Michèle Breton et Georges Zaccour qui ont eu la gentillesse de nous inviter à Montréal la semaine dernière. Vladimir Gaitsgory a depuis lors tenté de m’occuper avec les mesures occupationnelles, qui comprennent les fonctions de crise introduites antérieurement par Luc Doyen et Patrick Saint-Pierre, soit à Adélaïde, soit à Paris. Il reste tellement à faire dans ce domaine que les jeunes devraient se précipiter sur ce domaine à risques. En l’an 2000, au colloque en l’honneur des 60 ans d’Alain Bensoussan, nous avions découvert que, sans le savoir, Pierre Bernhard d’une part, Dominique Pujal, Patrick Saint-Pierre et moi avions tourné notre attention vers la finance en utilisant les jeux différentiels. Pour fêter cela, Pierre a organisé en 2002 une réunion mémorable d’une semaine dans un hôtel de Beynac (dans le Périgord, paradisiaque patrie du French paradox) d’une dizaine de chercheurs et avait accepté la suggestion de ne pas planifier les exposés. Cela a si bien marché que nous étions reclus du matin au soir, au point de sacrifier d’un commun accord la traditionnelle demi-journée de repos! Que les hommes de Cro-Magnon excusent notre incivilité à leur égard.






Jean Petitot, directeur du CREA (Centre de Recherche en Épistémologie Appliquée) de l’École Polytechnique, a accueilli Halina dans son centre en 2001 et moi l’année d’après. Nous y avons trouvé des collègues dynamiques de disciplines diverses avec lesquels nous avons aussitôt interagi. Jean Petitot, et ses contributions géométriques et dynamiques passionnantes sur la vision, Paul Bourgine, et son infatigable énergie pour construire l’Institut de la Complexité, Michel de Glas qui m’a appris de nouvelles approches sur la logique non-cohérente, avec ses ouvertures vers des logiques temporelles et vicariantes, Richard Topol et ses vues rafraîchissantes sur l’économie, Serge Galam mettant à la disposition des dynamiques de vote ses compétences de physicien. C’est lors des récentes journées de l’Institut de la Complexité que Nadine Peyrieras, biologiste du développement et Annick Lesne, physicienne, ont conquis mon vif intérêt pour leurs travaux, avec lesquels je souhaite mieux me familiariser dans les mois qui viennent. Annick aura le titre de gloire d’être le premier physicien à me réconcilier avec la physique depuis ma toute première publication en 1963 sur les équations de la magnéto-hydro dynamique, hybrides des équations de Navier-Stokes et de celles de Maxwell. Peut-être un traitement de choc de la part de Lions pour m’attirer vers l’analyse numérique fonctionnelle qui commençait à surgir en force en me dégoûtant à jamais de la physique vers laquelle je n’avais jamais eu d’inclination. En partageant avec moi des intérêts sur les systèmes désordonnés de la biologie, Annick a réussi à me convaincre de tenter à nouveau une incursion dans ces domaines. C’est au sein du CREA qu’un groupe de travail autour de Patrick Saint-Pierre auquel se sont joints Guillaume Deffuant et Isabelle Alvarez du CEMAGREF, Christian Mullon et Sophie Martin pour étudier d’autres algorithmes pour calculer le noyau de viabilité.


La communauté européenne nous permet d’accueillir de jeunes doctorants et post-doctorants. Grâce à des programmes européens animés par Halina et Marc Quincampoix, nous avons eu le plaisir d’accueillir Aurélien Cernea (Roumanie) qui travaille avec Halina sur le contrôle optimal avec contraintes d’état, Alberto Murillo-Hernandez (Cartagena) qui avait de lui-même repris l’études des problèmes de viabilité pour des inclusions différentielles du second ordre que j’ai eu l’heureuse surprise de découvrir quand Luis Marco m’a demandé de faire un rapport sur sa thèse, Thomas Lorenz (Heidelberg) et son excellente thèse sur les équations mutationnelles, Klaus Eisenack (Potsdam), sur la physique qualitative, Giuseppe de Marco et Mariella Romaniello sur les jeux dynamiques dans le cadre des sciences politiques.


Une nouvelle génération de jeunes chercheurs est en train d’émerger : Alexandre Bayen, tout jeune professeur à Berkeley, a contribué avec Patrick à jeter un regard « viabiliste » sur les systèmes d’équations du premier ordre avec des applications aux problèmes de congestion dans les systèmes de transport autoroutiers et aériens, Sophie Martin, qui travaille sur plusieurs sujets avec Halina et Patrick Saint-Pierre, Moulka Tamzali avec Halina, Telma Bernado qui termine des travaux sur les fonctions d’inertie et ses applications à des indicateurs climatiques avec nos collègues allemand du PIK, Elena Catenese et Sophie Rainero, travaillant respectivement avec Giuseppe Da Prato et Halim Doss, et d’autres participants au séminaire Viabilité-Jeux-Contrôle qui me permettent de rester attentif à leurs travaux.





Il n’y a pas de colloque sans publication de ses actes, et ceci me donne l’occasion de remercier les responsables de collection des éditeurs qui ont pris le risque de publier mes livres : Beatrice Shube, chez Wiley Interscience, qui connaissait tout le petit monde mathématique des années 1960, visitant les universités et raflant dans les bureaux toutes les notes de cours qui traînaient pour en faire des livres, Jean Lissarrague chez Gauthiers Villars, qui a créé les Annales d’Analyse Non Linéaire, Jean-François Legrand chez Masson, Edwin Beschler chez Birkhauser qui a publié une collection sur le contrôle avec l’aide de Chris Byrnes, Catriona Byrnes, Charalambos Aliprantis et Werner Muller chez Springer. Le manuscrit de « La mort de devin, l’émergence du démiurge » avait été refusé il y a dix ans par tous les éditeurs auxquels je l’avais proposé. Cela ne me dérangeait guère, car j’avais pris suffisamment de plaisir en remplissant de temps à autres ce bloc-notes de commentaires passant du cop à l’âne. De nombreuses personnes m’avaient de plus fait l’amitié de lire le manuscrit, et parmi elles, Catriona Byrnes, responsable des mathématiques chez Springer. Elle l’avait confié à mon insu à Jean-Etienne Mittelman, alors son collègue chez Springer. Devenu entre temps directeur des Éditions Beauchesne, il a eu le courage de le publier. Qu’ils en soient tous les deux remerciés.

À ce propos, et pour remonter le moral des jeunes, celles de mes contributions que je jugeais les plus originales ont été refusées ou ont eu du mal à être acceptées par les revues dites sérieuses. Ce n’est pas le lieu d’exposer ici mes vues sur l’hypocrisie des organismes d’évaluation, après l’expérience acquise en participant à deux sessions du « Comité National des Universités », trois du « Comité National du CNRS », et trop de commissions de spécialistes et de comités éditoriaux de revues. Si je n’ai guère rencontré de difficultés à me faire une opinion globale sur les personnes, j’en ai beaucoup eu pour juger leurs travaux, que ce soient les copies d’examen, les thèses et les articles. Au point où, à la suite de Giuseppe Peano, je serais favorable à la suppression des examens et autres initiatives utopiques... Mais c’est une autre histoire.


Voici mon colloque imaginaire organisé. Les sessions pourraient être parallèles, de la biologie à l’économie, des sciences cognitives à la gestion, avec, dans le hall, les mathématiciens cherchant des niveaux d’abstraction suffisants pour offrir de possibles canaux de communication entre ces diverses disciplines.





L’avenir ? Il plonge ses racines dans le passé : Il y a 52 ans, je rejoignais le Lycée Hoche en cours d’année scolaire comme pensionnaire. J’y ai rencontré un ami, Philippe Boutry. Nous nous réfugions par un soupirail dans les caves à charbon (du coke, qui ne tachait pas trop ; de toutes façons, nos blouses étaient grises et nos culottes courtes) pour discuter, et plus tard, nous avions crocheté les portes d’accès dans les combles de ce merveilleux couvent pour y installer un … appartement. Philippe nous a rejoint ici, et, avec certains d’entre vous, nous avons projeté la création d’une société de conseil et de formation dont le nom de baptême reste à inventer … Ces papys ne semblent pas avoir effrayé les plus jeunes.


L'avenir, c'est aussi une invitation au premier rang de mes plus jeunes élèves, Pierre-Cyril et son grand copain Samuel Robert, l'un réticent, l'autre plus enthousiaste à mes leçons du vendredi soir. Ses parents, Pascale et Bertrand, devenus depuis lors des amis très chers, croyaient l'avoir confié en mains sûres. Quel ne fut pas leur étonnement quand ils apprirent qu'il n'avait retenu de ces leçons que ... ‘la paresse est la mère de toutes les vertus’. Pourtant, s’il n’y a qu’une leçon que je souhaite transmettre après tant d’autres avant moi, ce pourrait être celle-là : Laisser à l’inconscient le temps de faire son œuvre, être à l’affût d’opportunités offertes par le Kairos avant qu’il ne les retire, proposer des solutions originales, et prendre le temps de la réflexion avant l’action. Je ne connais pas d’autres moyens que cette paresse là tant que l’on n’aura pas compris comment fonctionne notre cerveau pour mieux le piloter.


Jean-Pierre Aubin
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